La nouvelle Constitution togolaise promulguée en mai est vivement critiquée par l’opposition et la société civile qui y voient à juste titre un moyen pour l’actuel chef de l’Etat Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir lorsque le camp présidentiel prétend que ce changement constitutionnel assure plus de représentativité.
Ce dernier dirige le Togo depuis 2005, à la suite de son père resté au pouvoir pendant 38 ans, et la précédente Constitution ne lui permettait que de briguer un dernier mandat présidentiel en 2025. Avec la nouvelle Constitution, la fonction de président de la République sera désormais honorifique et l’exercice effectif du pouvoir sera assuré par un président du Conseil des ministres, qui est le chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.
Le poste du président du Conseil, revient donc de droit à M. Gnassingbé. Son parti, l’Union pour la République (Unir), a largement remporté les élections législatives d’avril avec 108 sièges sur 113 et municipales de juillet avec 75% des sièges, élections qualifiées de frauduleuses par l’opposition.
Des blogueurs et artistes, appuyés par plusieurs partis politiques et organisations de la société civile ont lancé des manifestations contre cette réforme constitutionnelle. Ces manifestations de juin on été réprimées de façon meurtrière (sept morts) par des forces de défense et de sécurité, appuyées par des miliciens. Le ministre de l’administration territoriale, le colonel Hodabalo Awaté, a parlé de « tentatives de déstabilisation », assimilant les manifestations à du « terrorisme » !
Pendant ce temps le pouvoir suspend internet et surtout persécute les blogueurs adeptes des réseaux sociaux. « Affectio » a été interpellé et incarcéré à la prison civile de Lomé après la publication sur les réseaux sociaux d’un poème intitulé Fais ta part. Ce texte, dans lequel il dénonce l’arbitraire et l’oppression, est au cœur des poursuites judiciaires à son encontre. Selon les autorités, la phrase « Indignez-vous », présente dans le poème, constitue un appel à l’insurrection et à la révolte contre les institutions du pays. L’incarcération d’ « Affectio » a provoqué une vague d’indignation parmi les défenseurs des droits de l’homme et les acteurs politiques togolais. Beaucoup dénoncent une menace grandissante sur la liberté d’expression et s’interrogent sur l’ampleur des restrictions imposées aux voix dissidentes dans le pays.
Le rappeur Aamron, voix critique envers le pouvoir a été interpellé en mai à son domicile puis interné dans un hôpital psychiatrique pendant plusieurs semaines avant d’être finalement libéré.
Plusieurs détenus politiques croupissent dans les prisons du pays. Le cas inquiétant de l’Irlando-togolais, Abdoul Aziz Goma, détenu de façon arbitraire a fait l’objet d’une résolution au parlement européen en septembre, ce qui a valu la convocation par le ministre des affaires étrangères du Togo de l’ambassadeur de l’UE au Togo pour ingérence.
Alors qu’il serait plus que temps de se ranger du côté des peuples afin d’asseoir la démocratie, Paris a gardé le silence et maintient sa coopération militaire et sécuritaire avec Lomé. Aujourd’hui, les autorités françaises entretiennent le flou autour de la présence militaire au Togo et des modalités exactes de la coopération bilatérale. Il n’est donc pas surprenant que la France soit perçue par une large partie de l’opinion togolaise comme « coresponsable de la situation dramatique des Togolais », comme le souligne Nathaniel Olympio, porte-parole du front « Touche pas à ma Constitution », un regroupement de partis politiques de l’opposition et de la société civile.
Le ministre togolais des affaires étrangères Robert Dussey a déclaré quant à lui que son pays « envisage de rejoindre l’AES, une décision stratégique qui pourrait renforcer la coopération régionale » avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, trois pays gouvernés par des juntes militaires qui assument une politique souverainiste. En mai dernier, Lomé a aussi pris part à des exercices militaires conjoints avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel et le Tchad.
Leurs relations tendues avec la Côte d’Ivoire et le Bénin, accusés d’être trop pro-Occidentaux, ont déjà poussé l’AES à se tourner davantage vers les ports de Lomé ou de Tema au Ghana. Il y a l’espoir d’une solidarité économique : un accès au pétrole nigérien, des routes commerciales renouvelées et le Togo pourrait aussi y gagner une coopération militaire plus agile, des renseignements partagés avec des voisins. Le nord du Togo, frontalier du Burkina Faso, est en effet de plus en plus exposé aux attaques meurtrières des groupes djihadistes qui ravagent le Sahel central depuis dix ans. Le Togo voit d’un bon œil la politique souverainiste revendiquée par les juntes sahéliennes. Toutes ont tourné le dos à la France, voire plus globalement à l’Occident, et se sont rapprochées de partenaires comme la Russie. Le président togolais, Faure Gnassingbé, en poste depuis 2005, pourrait alors s’éterniser au pouvoir tant qu’il proclame son panafricanisme, doctrine de plus en plus populaire au sein de l’opinion.
Il faut voir en effet dans cet appel du pied togolais à des régimes militaires sahéliens qui ont renoncé à organiser rapidement des élections et étendu leurs transitions pour plusieurs années, un bon moyen pour faire diversion et de plus mettre le pays à l’abri des contraintes de la Cedeao sur le respect de l’Etat de droit et des libertés publiques. « On est face à une logique de conservation durable du pouvoir, du refus de transition, que partage le Togo avec les trois pays de l’AES », abonde Francis Akindès, sociologue et professeur à l’université de Bouaké (Côte d’Ivoire).
Une dictature qui perdure et renonce désormais à faire illusion, une répression toujours plus grande, une politique française compromise, tel est le triste spectacle qui nous est offert. Notre soutien va au peuple togolais qui souffre et qui a soif de démocratie et d’un développement harmonieux.



