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Côte d’Ivoire : en finir avec la gérontocratie

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L’élection présidentielle tant attendue en Côte d’Ivoire s’est soldée par la réélection d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat. Les résultats définitifs ont été publiés par le Conseil constitutionnel le 4 novembre 2025. Ce quinquennat qui devrait débuter le lundi 8 décembre 2025, jour de la prestation de serment, s’annonce particulièrement problématique. Car à défaut d’un renouvellement générationnel tant souhaité à la tête du pays, la Côte d’Ivoire se mue progressivement en une gérontocratie, qui compromet l’avenir politique des « jeunes générations ».

En effet, Alassane Ouattara, dernier allié de la France en Afrique de l’Ouest, est aujourd’hui âgé de 83 ans. Il est visiblement vieillissant. Ses apparitions publiques révèlent un octogénaire épuisé qui aura 88 ans à la fin de ce nouveau mandat et vise même une présidence à vie. L’actuel Vice-président de la République chargé d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, Koné Tiémoko est âgé de 76 ans. En cas de reconduction dans sa fonction, Koné TIEMOKO sera âgé de 81 ans en 2030.  La Grande Chancelière de l’Ordre nationale est âgée de 90 ans. Le premier ministre Robert Beugré Mambé, n’a que 72 ans etc.

Cette élite vieillissante est totalement en déphasage avec les réalités sociologiques et démographiques et craint que le pouvoir revienne à leur principal adversaire, l’ancien président Laurent Gbagbo, aujourd’hui âgé de 80 ans.

Pourtant la population ivoirienne est très jeune, dynamique et parfois diplômée. Son âge médian est passé de 18 ans en 2014 à 21 ans en 2025. En Côte d’Ivoire, 75% de la population a moins de 35 ans.

 

Mais aujourd’hui, il est difficile de trouver dans le système institutionnel, un.e Ivoirien.ne âgé de 30 ans à 40 ans, qui occupe un poste parmi les plus juteux du pays qui ne sont pourtant pas compliqués à gérer. Dans les années 60, en revanche, les jeunes « évolués » de cette tranche d’âge, bardés de diplômes de la France métropolitaine, occupaient la quasi-totalité des hautes fonctions de l’Etat.

Mais aujourd’hui, en plus d’être, au minimum des septuagénaires, ces cadres du régime Ouattara bénéficient d’une exceptionnelle « longévité politique ». Ils sont pour la plupart aux Affaires, depuis l’époque de la signature des « accords de paix » en 2003, sous le régime du président du président Laurent Gbagbo.  Ils ont tous amassé une fortune considérable qui leur permettra d’assurer même le bien-être de leurs descendants.

Or  en 2025, la jeunesse ivoirienne est particulièrement touchée par la pauvreté et le chômage. Elle se juge délaissée par les dirigeants politiques, parfois trop vieux pour s’imprégner de la réalité. Beaucoup de jeunes diplômé.es sont au chômage ou doivent faire de petits boulots pour survivre parce qu’ils n’arrivent pas à avoir un emploi décent, ni à avoir accès à des soins de santé convenables. De plus, il leur est interdit de manifester même pour dénoncer la vie chère dans leur pays et la plupart des jeunes ivoiriens ne veulent plus parler de politique car privés de leur liberté d’expression. Et que dire de la situation électorale en 2025 ? Depuis le 11 octobre 2025, des centaines de jeunes (au moins 700, selon une dépêche AFP du 22 octobre) ont été arrêté.es en Côte d’Ivoire et des dizaines d’entre eux/elles ont été condamné.es à de la prison ferme avoir manifesté leur colère après que leurs candidats, Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ont été interdits de participer à l’élection présidentielle du 25 octobre

Il est important de rappeler que le projet « de présidence à vie » entamé par Alassane Ouattara, 83 ans, sera très nuisible à la paix et à la stabilité de la Côte d’Ivoire.  Un pays qui garde déjà de mauvais souvenirs de la fin de règne d’une « « première gérontocratie » incarnée par la présidence de Félix Houphouët-Boigny. Une première présidence qui incarnait pourtant la période la plus glorieuse de l’histoire du pays.

 Les mauvais souvenirs liés à la première gérontocratie ivoirienne.

A l’époque du retour du multipartisme en 1990, la plupart des pays africains ont organisé des conférences nationales afin d’assurer des transitions démocratiques réussies.   Cependant, la Côte d’ivoire était l’un des pays à faire exception. Il s’agissait d’une erreur monumentale. Parce que Félix Houphouët-Boigny âgé officiellement de 85 ans en 1990, domine la vie politique depuis la création du syndicat agricole africain en 1944. Il mourra au pouvoir 3 ans plus tard. Cette exceptionnelle « longévité politique » et biologique perçue à l’époque comme qualité, paraissait « reproductible » aux yeux de tous ses successeurs potentiels dont Alassane Ouattara.

Or l’organisation d’une conférence nationale en 1990 ou même un dialogue national après la mort de Félix Houphouët-Boigny aurait pu expliquer l’impossibilité de reproduire une présidence à vie en période de multipartisme, voire laisser une personne du quatrième âge, présider aux destinées du pays. La fin de règne du président intervient après plusieurs décennies de leadership. Ce dernier était physiquement et intellectuellement diminué à l’aube des années 90. Cette fin de règne était donc marquée par une série d’empêchements due à des séjours médicaux en Europe. Dans un contexte politique marqué par l’agonie du vieux président, le règne des entourages voire des maitresses, le pillage de sa fortune personnelle et des fonds publics allaient  bon train. Sans oublier la « guerre des chefs » au sommet de l’Etat qui a eu des conséquences désastreuses sur la stabilité du pays.

Heureusement, à partir de l’an 2000, une nouvelle Constitution promulguée le 1er août règle en partie la question des gérontocraties (mais pas de la succession politique) en fixant l’âge limite des candidats à l’élection présidentielle à 75 ans et en limitant le nombre de mandats à deux.

Dans sa logique de présidence à vie, non voulue par la majorité du peuple ivoirien, Alassane Ouattara promulguer une nouvelle Constitution en novembre 2016. Cette Constitution taillée sur mesure, va faire sauter le verrou lié à l’âge du candidat à l’élection présidentielle. Puis laisser la place au jeu des interprétions juridiques pour justifier de nouveaux mandats illégaux à la tête de la Côte d’Ivoire.

Une fin de règne qui s’annoncera très difficile.

La date de la prestation de serment d’Alassane Ouattara est donc fixée au lundi 8 décembre 2025. Pour un mandat qui n’a pas lieu d’être. Ce nouveau quinquennat illégitime risque d’être désastreux pour la Côte d’Ivoire parce que contrairement au président Félix Houphouët-Boigny, les Ivoirien.nes dans leur majorité ne veulent pas du président du RHDP, l’actuel parti au pouvoir. Le président octogénaire sait désormais que cette population n’aura aucune compassion de le voir affaibli par la maladie, lors de ses futures apparitions publiques. La maladie sera perçue dans l’« imaginaire collectif » comme un « potentiel libérateur du peuple ». Comme ce fut le cas avec l’ancien président Zaïrois Mobutu Sese Seko.  Des rancœurs enfouies qui risquent d’être libérées le moment venu.

En effet, le régime d’Alassane Ouattara dans sa conquête et son exercice du pouvoir s’est bâti sur une violence et l’humiliation de ses adversaires politiques, le non-respect de la Constitution et la paupérisation de la grande majorité de la population.  Alors quelle suite envisage le RHDP en prolongeant illégalement la présidence d’Alassane Ouattara en neutralisant tous les opposants ivoiriens pour laisser gouverner le successeur d’Alassane Ouattara ? Pour l’instant, l’avenir politique des plus grands noms issus de la plus jeune génération de politiciens ivoiriens reste compromis, soit par des condamnations fallacieuses par la justice ivoirienne (Guillaume Soro, Damana Pickass, Blé Goudé etc..), soit par de simple rejet de candidatures pour des dossiers incomplets ((Assalé Tiemoko, Vincent Toh Bi etc..).

Malgré sa désaffection conjoncturelle pour la politique, le peuple ivoirien trouvera les moyens d’en finir avec cette gérontocratie qui si elle était compréhensible à l’époque des pionniers de l’indépendance en raison de la tradition africaine, devient de nos jours un obstacle majeur à l’émancipation et au développement de la société ivoirienne.  Nous ne doutons pas  que l’opposition politique intègrera rapidement et ostensiblement cette problématique et s’engagera résolument dans un processus de renouvellement et de promotion de nouveaux talents capables d’entendre les aspirations du peuple. 

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