Un désastre écologique de grande ampleur se déroule en Côte d’Ivoire du fait de l’orpaillage illégal, une activité jadis pratiquée dans les zones occupées par la rébellion armée de 2002.
Mais sous le régime Ouattara, le phénomène a pris de l’ampleur. Un Code minier promulgué sous ce régime autorise même l’orpaillage traditionnel.
Plus de 1600 sites encore actifs sont recensés sur l’ensemble du territoire ivoirien. L’orpaillage clandestin concerne 29 régions sur 31 et les conséquences de cette pratique sont désastreuses pour l’environnement et la biodiversité. Sur les réseaux sociaux, les Ivoirien.nes sont à la fois surpris et indignés de voir les cours d’eau, les grands fleuves du pays, changer horriblement de couleur. Ces scènes surréalistes n’ont jamais existé en 66 ans d’indépendance.
Comme dans un “no man’s land”, des groupes de jeunes, pleins d’énergie, venus de divers horizons, débarquent dans les zones rurales, avec du matériel important. Ces derniers creusent profondément le sol, déplaçant énormément de couches de terre dans les sols et profondeurs des cours d’eau. C’est à l’issu de ce procédé destructeur que l’or est récupéré méthodiquement. Ce faisant, ces travailleurs détruisent les sols, les champs, des forêts et s’attaquent aux cours d’eau. Les produits utilisés pour récupérer l’or, notamment le mercure et parfois le cyanure, contaminent les sols et l’eau.
Pour rappel, les cours d’eau en Côte d’Ivoire circulent entre les villes et régions du pays et relient les ruisseaux, les marigots, les rivières et les fleuves en un seul réseau hydraulique. Ainsi, une fois que l’eau courante est polluée voire empoisonnée, le problème ne s’arrête pas au niveau du site d’orpaillage. Ces poisons contaminent donc les rivières, les marigots, les nappes phréatiques, les lagunes avant d’atteindre des zones agricoles et finissent par avoir des conséquences sur la faune, la flore et les populations. Aujourd’hui, 80% des cours d’eau en Côte d’Ivoire sont touchés par l’orpaillage illégal. La société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (SODECI) n’est plus opérationnelle dans certaines zones du pays du fait de cette pollution par des métaux lourds.
Les populations autochtones rurales vivant dans la pauvreté sont envahies par des acteurs extérieurs plus puissants et sont parfois instrumentalisées, voire intégrées dans des business lucratifs générés par l’orpaillage, par des “chefs de mafia” rusés (dividendes versées au chef du village, aux responsables des jeunes, commerce etc.).
Aujourd’hui, la communication officielle vise à faire porter le chapeau de l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire aux chefs de villages et aux pauvres populations locales qui n’ont reçu que des miettes.
Un gouvernement qui peine à reconnaître sa responsabilité
Selon les estimations publiées par le CIAPOL, environ 142 tonnes d’or échappent chaque année au contrôle de l’État. Qui est donc à la tête de ce réseau criminel ? Au vu de la notion de développement durable, quels sont les dégâts réels sur l’environnement et la biodiversité du temps présent et quels seront ses impacts sur celui des générations futures ?
Le gouvernement ivoirien a quant à lui trouvé sa solution : la fermeture des sites d’orpaillage manu militari. Aucune démission n’est requise ni au sommet de l’État, ni à la tête des organes de tutelle.
Depuis le 6 septembre 2026, le gouvernement s’est fixé comme objectif « d’éradiquer le fléau en 6 mois ». Toutefois, cette riposte qui vise à fermer uniquement les sites sans présenter de coupables, ne convainc pas la société civile.
Le 7 septembre 2026, 14 ONG exhortent le gouvernement à ne pas faire semblant. Elles dénoncent notamment “ des complicités au plus haut niveau”, et “exhortent l’État à plus de transparence dans le démantèlement des circuits criminels”.
Un peuple et une classe politique muselée
Le désastre écologique en cours en Côte d’Ivoire affecte la plupart des citoyen.nes ivoiriens. Mais ces derniers restent silencieux lorsqu’il s’agit de désigner les véritables responsables situés au sommet de l’État.
En 2005, le scandale des déchets toxiques avait entraîné la démission du Premier ministre Charles Konan Banny. Les directeurs généraux du Port et de la douane, le gouverneur d’Abidjan ainsi que le ministre des Transports avaient été convoqués par l’Assemblée nationale.
Sous le régime Ouattara, le fait de chercher les responsables au sommet de l’État peut vous envoyer en prison. La population dans son ensemble semble apeurée.
Le 11 septembre 2026, Justin Koné Katinan, 4e vice-président du PPACI, parti de Laurent Gbagbo, a été placé sous mandat de dépôt pour avoir vivement critiqué la politique du gouvernement en matière de lutte contre l’orpaillage clandestin. Ce dernier a accusé le RHDP d’être à l’origine de l’essor de l’orpaillage clandestin, tout en établissant un lien avec le trafic de drogue et la corruption qui gangrène le pays. Depuis lors, l’ancien ministre du budget de Laurent Gbagbo croupit en prison, avec au total 17 chefs d’inculpation passibles de la réclusion à perpétuité.
Cette situation est inacceptable tant sur le plan environnemental que sur le plan politique. Si on y ajoute les déguerpissements forcés et la cherté de la vie, il est grand temps que le courageux peuple Ivoirien reprenne son destin en mains.



