La journée du vendredi 10 octobre 2025 marque le coup d’envoi de la campagne électorale en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara, seul maitre du processus électoral et au pouvoir depuis 15 ans refuse d’affronter les candidats officiels des grandes formations politiques. Le président ivoirien préfère proclamer sa « victoire » face à des candidats moins importants voire « problématiques » au sein même de leurs formations politiques.
De cette dérive tyrannique se dégagent trois types d’oppositions à l’aube du lancement de la campagne d’octobre 2025. La première opposition est composée de personnalités de la gauche et du PDCI faisant partie des cinq candidats qui ont été retenus par le Conseil constitutionnel, sur une liste initiale de 60 postulants. Cependant, ces derniers ont décidé candidater sans l’accord préalable de leur formation politique. Ils sont pour la plupart, en désaccord avec les différents leaders politiques exclus du processus électoral, toujours bénéficiaires du soutien de leur base électorale. Ces derniers souhaitent « peser » dans ce scrutin présidentiel, voire mettre fin au pouvoir d’Alassane Ouattara « uniquement par la bataille des urnes ». Parmi elles, l’ancienne première dame, Simone Gbagbo candidate du Mouvement des générations capables. Ahoua Don Mello, ancien membre de la direction du PPACI. Et Jean Louis Billon, dissident de Tidjane Thiam au sein du PDCI.
La seconde opposition est composée des « poids lourds » exclus du processus électoral. Ces derniers sont malgré tout décidés à faire face à Alassane Ouattara, en s’opposant à son projet de « quatrième mandat illégal ». Leur principale revendication vise à réclamer par le dialogue des élections inclusives, justes et transparentes. Cette tendance qui reste la plus forte de l’opposition a choisi de se ranger derrière la figure tutélaire du président Laurent Gbagbo et semble agir méthodiquement. Ainsi, lorsque le président Laurent Gbagbo lance le mouvement « trop c’est trop ! » le 26 mai 2025, ce dernier est très vite rejoint par Tidjane Thiam actuel président du PDCI-RDA et l’ancien Premier ministre et président du GPS Guillaume Soro.
En juin 2025, le PPA-CI et le PDCI ont annoncé collaborer pour créer un « front commun » exigeant l’inclusion de tous les leaders politiques inéligibles et l’ouverture d’un « dialogue politique ». Il appelle à procéder avant l’élection présidentielle d’octobre 2025, à la révision de la liste électorale, au titre de l’année 2025, tel que prévu par le Code électoral et inscrit au budget 2025 de l’Etat et à une refonte de la CEI jugée trop partisane.
A partir du mois d’août 2025, on constate que cette opposition décide de tester progressivement sa capacité à organiser des manifestations de grande envergure. Le 9 août 2025, une marche pacifique prévue au départ dans le quartier du Plateau à quelques mètres du Palais présidentiel, est finalement délocalisée dans le quartier de Yopougon, à la demande des autorités. Ces jours-là, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour « réclamer la réintégration de leurs dirigeants dans l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 ».
Suite à cette démonstration de force du front commun, le pouvoir le soupçonne de préparer en réalité une insurrection. Ses manifestations sont désormais interdites. Et une trentaine de militants du PPACI ont été arrêtés depuis le mois d’août 2025. Cependant, le front commun décide d’organiser une nouvelle marche 11 octobre 2025 à Cocody. Cette marche reste maintenue malgré son interdiction par un arrêté préfectoral.
La troisième opposition est composée de personnalités qui n’ont aucune ambition présidentielle pour l’année 2025. Toutefois, elles ont choisi de s’éparpiller, en se rangeant derrière chacune des deux premières oppositions en fonction de leur calcul du moment. Ils sont issus pour la plupart de la CAP-CI (Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire) mise en place en juillet 2025 par l’ancienne première dame, Simone Ehivet Gbagbo et d’autres leaders de l’opposition comme Charles Blé Goudé, et des partis comme l’Union républicaine pour la démocratie (URD).
Alors qui fera donc barrage à Alassane Ouattara ? En ce début de campagne électorale, certains opposants souhaitent créer cette alternance par la bataille des urnes tandis que d’autres souhaitent descendre dans la rue pour faire barrage au quatrième mandat d’Alassane Ouattara dans le but de favoriser l’organisation de nouvelles élections juste inclusives et transparentes.
Les opposants qui souhaitent battre Alassane Ouattara dans les « urnes ».
Les opposants ivoiriens qui espèrent battre Alassane Ouattara au soir du 25 octobre 2025 s’inspirent généralement de l’exemple de l’alternance au Sénégal, et l’échec de la « désobéissance civile » face au troisième mandat d’ADO en 2020. Leur ambition est de fédérer toutes les oppositions à Ouattara autour d’eux afin de « peser » dans ce scrutin présidentiel. Ces prises de position en faveur de la démocratie sont à saluer. Mais ils ne suscitent guère au sein de la population, une « passion collective » nécessaire pour hausser le taux de participation à l’élection présidentielle. Tandis que les candidats exclus Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam bénéficient quant à eux, d’un large soutien populaire.
Simone Gbagbo, candidate du Mouvement des Générations capables (MGC), Ahoua Don Mello, dissident du PPACI et Jean Louis Billon, dissident du PDCI, présentent assez de lacunes pour espérer gagner une élection présidentielle face à Alassane Ouattara. D’abord parce que ces candidats ne possèdent aucune base électorale pour hausser le taux de participation et semblent tenir tête à leurs leaders respectifs « exclus du processus électoral ». Dans le mois d’août 2025, Jean-Louis Billon et Ahoua Don Mello sont relevés de leurs fonctions au sein de leurs partis respectifs par Laurent Gbagbo et Tidiane Thiam. Ainsi, sans le soutien officiel des leaders respectifs « exclus du processus électoral », les candidats retenus n’ont vraisemblablement aucune chance de remporter ces présidentielle dans les urnes.
La deuxième lacune porte sur l’incapacité de ces candidats retenus à « affronter » une crise électorale face au RHDP. Ils oublient curieusement, la capacité du régime Ouattara à « broyer » ses opposants, la violence de ses partisans en situation électorale. Mais surtout cette liste électorale émaillée d’irrégularités pour un processus électoral élaboré, voire conçu pou la victoire d’Alassane Ouattara.
Simone Gbagbo, Ahoua Don Mello et Jean Louis Billon semblent même ignorer à quel point l’ « opposant Ouattara », du moins, ses partisans, ont été particulièrement nuisibles aux régimes politiques qui ont précédés sa gouvernance entre 1993 et 2011. En plaçant ses hommes à la tête des institutions phares du processus électoral ( Kuibert à la CEI et Camara au Conseil constitutionnel), Alassane Ouattara a affiché son intention de ne pas lâcher le pouvoir de sitôt. Que feront donc ces opposants qui ne bénéficient d’aucun soutien populaire en cas de fraudes avérées durant cette élection présidentielle ? En cas d’intimidation de leurs représentants dans les bureaux de vote respectifs ? Ou en cas d’absence d’impartialité de la CEI ?
Pour rappel en 2023, lors des élections locales municipales et régionales, presque tous les leaders de la Gauche ont été battus par les candidats du RHDP dans un scrutin émaillé de fraudes à l’échelle nationale.
Les opposants qui souhaitent faire barrage au Quatrième mandat d’Alassane Ouattara
Au moment où débute la campagne électorale, les candidats exclus ont déjà épuisé toute possibilité de recours légaux pour obtenir gain de cause. Il ne reste que la Rue ! Toutefois, on se demande à présent comment le président Laurent Gbagbo, leader de cette opposition ainsi que les Ivoirien.nes favorables à cette option comptent empêcher le déroulement de cette élection présidentielle. Depuis le 5 octobre 2025 Alassane Ouattara met en place le projet «Esperance » qui prévoit le déploiement de 44.000 hommes à travers le pays 18.000 policiers 18000 gendarmes et 8000 militaires. Ce dispositif impressionnant pourrait en principe faire face aux manifestations prévues dans le pays.
Cependant, on constate que l’opposition reste particulièrement mieux organisée par rapport à celle de 2020. Sur le plan national, la présence du président Laurent Gbagbo à Abidjan pourrait favoriser des manifestations de forte intensité, différentes de ce que nous avons vu en 2020. Sur le plan international, le président du PDCI-RDA fait un travail remarquable en attirant le regard de la communauté internationale sur l’issue des dérives dictatoriales d’Alassane Ouattara. Quand à Guillaume Soro, l’ancien Chef de la rébellion de 2002, ce dernier circule discrètement à présent entre les Etats de l’AES (dont deux sont frontaliers) à la Cote d’Ivoire, devenant moins « bavard » qu’en 2020.
La marche prévue pour le 11 octobre 2025 sera le vrai test d’un sursaut populaire dans les rues qui montrera la détermination du peuple ivoirien dans sa lutte pour la démocratie, la justice et la liberté.



